Tandis que l'on commémore les victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis doivent réfléchir aux causes profondes du terrorisme, alors que leur présence militaire en Afghanistan, qui dure depuis deux décennies, s'est récemment terminée sur un fiasco, ont déclaré des experts et habitants de New York.

Une cérémonie de commémoration à l'occasion du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre s'est tenue samedi matin sur l'ancien site du World Trade Center, Ground Zero, en présence de dirigeants américains, l'actuel et d'anciens, dont Joe Biden, Bill Clinton et Barack Obama.

Les proches en deuil jurent de "ne jamais oublier" ceux qui ont perdu la vie dans cette tragédie, tandis que l'administration Biden subit des pressions de la part des familles des victimes pour déclassifier certains documents liés aux attentats.

LE SOUVENIR DE L'HUMANITé

Alors que les noms des victimes ont été lus un par un lors de la cérémonie, comme cela avait été le cas lors des précédentes commémorations, leurs proches se sont facilement laissés gagner par l'émotion en exprimant à quel point ils leur manquent.

Madeline Lawrence, venue du nord de l'Etat de New York, a déclaré samedi qu'elle était venue à la cérémonie en l'honneur de son ancien partenaire.

Evoquant Rodney C. Gillis, un sergent décédé à la suite des attentats du 11 septembre, elle a dit : "Nous nous souvenons de lui pour sa bravoure. Il n'a pas reculé devant ses devoirs et ce qu'il avait à faire".

(Rodney) Gillis a pris la décision d'y aller et son action désintéressée n'était pas surprenante, a poursuivi son frère, Ronald Gillis.

"J'ai des souvenirs très précis, car j'étais ici (à New York) et j'ai entendu les avions de chasse au-dessus de moi", a témoigné Daniel, un new-yorkais du Bronx, sans donner son nom complet.

Daniel a choisi de venir à Ground Zero pour rendre hommage à son ami Manuel D. Mojica Jr. le mardi, car le 11 septembre s'est produit un mardi il y a 20 ans dans des conditions météorologiques similaires.

"C'est le moins que je puisse faire : venir le voir. C'est tout ce que j'ai maintenant. Mais c'était un très bon ami", a indiqué Daniel qui travaillait pour une entreprise de transport routier au moment des attentats.

DES OPINIONS MITIGéES SUR L'ANTITERRORISME

Les Américains ont des avis partagés sur les campagnes antiterroristes menées par les Etats-Unis dans d'autres pays après la catastrophe du 11 septembre.

"Je ne suis pas d'accord avec l'action militaire. Je ne pense pas qu'ils auraient d? en mener une en Irak. Je n'en vois pas la raison, à l'époque", a affirmé Daniel, notant que les Etats-Unis n'ont jamais trouvé d'armes de destruction massive en Irak, mais "ils ont détruit le pays, et ils ont causé des problèmes".

Les campagnes antiterroristes lancées par Washington dans des pays étrangers reflètent la réalité de la loi de la jungle au niveau international, ce qui est une sorte de revanche typique, selon Michael Chu, éditeur au journal Asian American Times.

De son c?té, Daniel a salué des changements apportés à la sécurité après le 11 septembre et le fait que tout un chacun a d? se soumettre aux procédures créées à la suite de cet événement. Aucun attentat tel que ceux du 11 septembre ne s'est reproduit au cours des 20 dernières années, et "s'ils n'avaient pas pris les mesures appropriées, il y en aurait eu un autre", a-t-il estimé.

Les Etats-Unis doivent rester engagés dans le maintien de la stabilité et dans la mise en place des conditions préalables à cet effet, a recommandé Michele Flournoy, ancienne sous-secrétaire à la Défense américaine pour la politique, cofondatrice et partenaire de gestion de "WestExec Advisors", et présidente du conseil d'administration du groupe de réflexion "Center for a New American Security".

DES OCCASIONS MANQUéES

Les analystes jugent que les Etats-Unis ont trop mis l'accent sur leur puissance militaire et qu'ils auraient d? investir davantage pour s'attaquer aux causes profondes du terrorisme.

Washington reste piégé dans un cercle vicieux en raison de son obsession de l'approche "?il pour ?il, dent pour dent" et du manque de réflexion sur les raisons fondamentales du 11 septembre, a déclaré lundi M. Chu à Xinhua.

Des choses similaires à ce qui s'est passé en Afghanistan pourraient se répéter, a affirmé l'éditeur de l'Asian American Times, qui vit à New York depuis les années 1980.

"L'une des occasions manquées est que, dès le départ, nous avons adopté une approche très militaire de la lutte contre le terrorisme", a souligné Mme Flournoy, expliquant que les Etats-Unis ont négligé d'investir dans d'autres instruments de la puissance nationale, tels que les outils diplomatiques, informationnels et financiers.

En ce qui concerne le contre-terrorisme, "ce que nous avons appris au fil du temps, c'est que c'est une chose d'avoir une approche cinétique qui permet d'atteindre une cible spécifique ou de perturber un complot particulier. Mais si vous voulez vraiment créer un changement durable dans le temps, vous devez renforcer les capacités et les partenaires locaux", a-t-elle ajouté.

"Nous devons avoir une perspective mondiale, certes, lorsqu'il s'agit de terrorisme, mais aussi d'autres menaces transnationales, qu'il s'agisse du changement climatique, de la non-prolifération, ou encore de la prévention de la prochaine pandémie", a conclu Mme Flournoy.